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Trop sulfureuse pour un milliardaire C'est pourtant moi qu'il a choisie

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Je suis née avec des yeux de braise, une peau de porcelaine et un corps à damner un saint. Dans notre cercle de la très haute société, ce genre de physique avait une étiquette toute trouvée : « une tête de briseuse de ménage ». À l'inverse, ma demi-sœur, Clarisse Vance, incarnait la pureté absolue. Un lys immaculé. Les mères fortunées voyaient en elle « l’ange de l’Upper East Side », la bru modèle, l'épouse parfaite sous toutes les coutures. Et comme je lui servais de faire-valoir vulgaire, sa réputation de grâce et de vertu ne faisait que grandir dans tout New York. Tout le monde…

Available chapters

  1. Chapter 1.
  2. Chapter 2.
  3. Chapter 3.
  4. Chapter 4.

Chapter 1.

Je suis née avec des yeux de braise, une peau de porcelaine et un corps à damner un saint.
Dans notre cercle de la très haute société, ce genre de physique avait une étiquette toute trouvée : « une tête de briseuse de ménage ».
À l'inverse, ma demi-sœur, Clarisse Vance, incarnait la pureté absolue. Un lys immaculé.
Les mères fortunées voyaient en elle « l’ange de l’Upper East Side », la bru modèle, l'épouse parfaite sous toutes les coutures.
Et comme je lui servais de faire-valoir vulgaire, sa réputation de grâce et de vertu ne faisait que grandir dans tout New York.
Tout le monde murmurait qu’une créature tape-à-l'œil dans mon genre n'était bonne qu'à une chose : devenir la maîtresse cachée d'un magnat d’âge mûr aux mains baladeuses.
Jusqu'au jour où Julian Sterling, le milliardaire le plus puissant et inaccessible du pays, annonça publiquement qu'il cherchait une fiancée.
Pour mieux faire briller son aura d’innocence, Clarisse m’entraîna à sa soirée de gala en guise de faire-valoir.
Qui aurait pu imaginer que Julian déclarerait sur-le-champ, devant tout le gratin new-yorkais, qu'il viendrait me demander en mariage dès le lendemain avec un milliard de dot ?
Rendue folle de jalousie, Clarisse s'empressa de me piéger pour me vendre à un PDG chauve et pervers aux mœurs douteuses.
Le jour de la demande en mariage, je suis restée là, froide et impassible, à regarder Clarisse dans sa robe haute couture, guettant fébrilement le cortège à l'entrée du domaine.
Mais Julian n’était pas venu pour elle. D'un coup de pare-chocs, son convoi a défoncé le portail des Vance, ses gardes du corps arrachant au passage tout le mur de roses romantiques qu'elle avait fait installer.
« Vous avez osé me refourguer une pâle contrefaçon pour m'abuser ? Je vais anéantir la famille Vance pour cet affront ! »
Clarisse était assise sur le bord de mon lit, le sourire pur comme celui d’un ange.
« Roxane, aide-moi, juste pour cette fois », supplia-t-elle en battant des cils, l'air si fragile. « Les Sterling organisent un gala pour choisir la future femme de Julian. J’ai besoin de quelqu'un à mes côtés... pour faire contraste. Tu comprends, n’est-ce pas ? »
Adossée à ma tête de lit, je gardai un silence de marbre.
Je ne connaissais que trop bien son petit jeu.
Depuis l'enfance, elle était la coqueluche de l’Upper East Side. Pure, gracieuse, irréprochable.
Et moi ? J’avais ce regard félin, cette peau laiteuse d'une sensualité troublante et une silhouette si plantureuse qu’aucune tenue ne pouvait réellement l’assagir. J'étais son repoussoir idéal.
À côté de moi, elle avait l’air d’une sainte.
Les bourgeoises coincées me traitaient en privé de « tentatrice née », répétant à qui voulait l'entendre que je ne serais jamais rien d'autre que le jouet d'un homme riche.
La première fois que Clarisse avait entendu ces rumeurs, elle avait pleuré dans mes bras en me jurant qu'elle était désolée. Puis, elle s'était empressée de relayer ces mêmes ragots sur tous les comptes Instagram de la jeunesse dorée.
« Roxane, tu m’en veux encore ? » Elle tendit la main vers moi.
Je me reculai aussitôt. « Pourquoi devrais-je t’accompagner ? »
« Parce que… » Elle se mordit la lèvre, les larmes aux yeux, au bord de l'effondrement théâtral. « Parce que je t'en supplie ! Papa et maman disent que si nous laissons passer cette opportunité, la famille est ruinée. Fais-le pour nous tous, s’il te plaît. »
Encore son numéro de pleurnicheuse.
En voyant son visage baigné de larmes, je me souvins d'une scène identique, dix ans plus tôt.
Elle avait pleuré et supplié pour que je lui prête le collier que ma défunte mère m’avait légué, jurant qu'elle voulait simplement le porter une soirée avant de me le rendre. Dès le lendemain, le bijou trônait au cou de sa meilleure amie.
Quand je lui avais demandé des comptes, elle avait simplement lâché, l'air innocent, qu'elle l'avait « égaré » pendant la fête.
Pourtant, sur son lit de mort, ma mère m’avait fait promettre de protéger ce collier au péril de ma vie.
« D’accord. Je viens », dis-je d’une voix atone.
Clarisse me sauta immédiatement au cou. « Je savais que tu étais la meilleure, Roxane ! »
Dès qu'elle tourna les talons, je l'entendis décrocher son téléphone dans le couloir : « Maman, elle a accepté… Ne t’inquiète pas. Un homme du rang de Julian Sterling ne poserait jamais les yeux sur une fille vulgaire comme elle… »
Un sourire froid étira mes lèvres.
Une fille vulgaire, vraiment ? On verra bien.
L'héritier de l'empire Sterling était réputé pour son exigence absolue. La rumeur disait qu'il avait déjà recalé toutes les héritières de la ville.
Clarisse s'imaginait que ce gala était son passeport pour la gloire. Elle pensait que ma présence ferait ressortir sa candeur et scellerait sa victoire.
Mais il y avait un détail qu'elle ignorait.
Trois jours plus tôt, j'avais reçu un message d'un numéro inconnu : *« Mademoiselle Roxane Vance. Dans trois jours, je vous demanderai en mariage devant le monde entier. »*
L'expéditeur : *« Julian Sterling. »*
Je n'avais pas répondu. Je n'en avais parlé à personne.
Clarisse, c'est toi qui m'as entraînée dans cette arène. J'espère que tu es prête à en payer le prix.
Le faste de la soirée Sterling dépassait l'entendement.
Toutes les grandes fortunes du pays s'étaient donné rendez-vous ; les limousines et les sportives de luxe saturaient les avenues sur des kilomètres. Clarisse portait une robe blanche sobre et fluide, une traîne discrète dans son sillage. Ses cheveux retombaient en ondulations vaporeuses, son maquillage était quasi invisible, rehaussé d'une touche de gloss nude. Elle ressemblait à une fleur de lys tout juste éclose.
Elle me serrait le bras avec insistance en chuchotant : « Roxane, reste bien près de moi. Ne va pas te perdre. »
Je jetai un œil à ma tenue. J’avais enfilé une mini-robe noire moulante, un rouge à lèvres carmin éclatant et un trait d’eyeliner félin qui soulignait mon regard. J’avais tout de la séductrice dangereuse prête à briser des cœurs.
« Clarisse, tu es sûre que c'est ce que tu voulais que je porte ? »
« C'est parfait », répliqua-t-elle avec un sourire mielleux. « Côte à côte, nous montrons à Julian que la famille Vance offre toutes les facettes de la féminité. »
Traduction : *« Regardez à quel point je suis pure et distinguée à côté de cette traînée. »*
Dans la salle de bal étincelante, les débutantes se précipitèrent sur Clarisse.
« Clarisse, tu es sublime ce soir ! »
« Julian va forcément te choisir. Tout le monde sait qu'il recherche une femme de classe. »
« Pff, regardez sa sœur… Elle s'est habillée comme pour aller en boîte miteuse. Quelle honte pour leur nom. »
Tous les regards convergeaient vers moi, suintant le mépris.
Une fille en robe rose bonbon ricana derrière sa main : « Clarisse, pourquoi tu l’as emmenée ? Tu n’as pas peur qu'elle tente d'allumer Julian ? »
Clarisse prit immédiatement un air blessé et protecteur. « C'est ma sœur. Ne parlez pas d'elle comme ça, je vous en prie. »
Continue de jouer la comédie, Clarisse. Vas-y.
Je sirotai mon champagne en silence. Mes yeux dérivèrent vers la mezzanine VIP du premier étage. Une silhouette haute et imposante s'y tenait, accoudée à la balustrade.
Julian Sterling.
Costume sur mesure d'un noir d'encre, teint pâle et traits si nets qu'on les aurait crus taillés dans le marbre. Il dégageait une autorité glaciale, souveraine. Il toisait l'assemblée, et son regard perça la foule pour venir s'ancrer directement dans le mien.
Deux secondes plus tard, le coin de sa lèvre tressaillit.
Cette lueur dans ses yeux… c'était le regard d'un prédateur qui vient de repérer sa proie favorite.
Clarisse le remarqua aussi. Elle redressa aussitôt le buste, arbora son sourire le plus radieux et lui adressa un geste délicat de la main.
Julian l’ignora royalement.
Il fit demi-tour et disparut dans l'ombre.
Un éclair d’embarras traversa le visage de ma demi-sœur, mais elle reprit vite contenance : « Julian est toujours ainsi. Tellement distant, tellement mystérieux. C'est fascinant. »
Sa copine renchérit sans hésiter : « Évidemment ! C'est l'héritier d’un empire. Il ne va pas saluer le premier venu. Mais toi, tu es différente, Clarisse. Il t’a clairement remarquée. »
À cet instant, les lustres de la salle s'éteignirent à demi, et un projecteur blanc balaya l'estrade d'honneur.
Le majordome en chef de la famille Sterling s'avança devant le micro : « Merci à tous d'être présents. Monsieur Sterling a une déclaration à faire. »

Chapter 2.

Un silence de mort tomba sur la pièce.
Julian émergea des coulisses et s'avança sous le faisceau lumineux. Son visage était froid comme la banquise. Il balaya l'assistance des yeux avant de parler d'une voix posée : « Si je vous ai réunis ce soir, c’est pour une seule annonce. »
Clarisse était si crispée qu’elle m’enfonçait ses ongles dans le bras.
Le timbre de Julian résonna, profond et autoritaire : « La seconde fille de la famille Vance. Roxane Vance. »
Toute la salle se figea.
J'eus l'impression que mille lames invisibles se tournaient vers moi.
Clarisse lâcha mon bras dans un souffle haletant : « Quoi ? »
Julian plongea son regard droit dans le mien, sa voix résonnant avec une netteté cristalline dans les haut-parleurs : « Demain, je me rendrai en personne à la propriété des Vance avec une dot de fiançailles d’un milliard de dollars. »
L'effet fut immédiat. Une onde de choc monumentale.
Un vacarme étourdissant submergea la salle de bal.
Des exclamations indignées fusaient de toutes parts :
« Roxane Vance ? Cette fille facile ? »
« C'est une blague ? Julian est devenu aveugle ou quoi ? »
Le masque parfait de Clarisse se fissura brutalement. Elle pivota vers moi, les yeux exorbités par un effarement total : « Toi ? Mais… comment c'est possible ? »
Je ne dis rien, en grande partie parce que j’étais moi-même sous le choc.
Ce message… n’était pas un canular ? Julian Sterling voulait vraiment m'épouser ?
Julian ne m'accorda pas un second regard. Il tourna les talons et quitta la scène, laissant derrière lui une assemblée de gosses de riches complètement abasourdis.
Clarisse resta clouée sur place. Son expression passa de la stupeur à une rage bouillonnante, puis à une honte dévorante. Elle avait passé un mois entier à peaufiner son look d'ange, activé tous ses réseaux pour décrocher cette invitation et fait en sorte que toute la ville sache qu'elle venait pour être couronnée. Et voilà que Julian déclarait devant le gotha qu'il épousait la sœur « indigne » ?
Sa meilleure amie s'approcha, la voix tremblante : « Clarisse… qu’est-ce qui se passe ? »
Clarisse s'efforça de plaquer un rictus crispé sur ses lèvres : « Ce n’est rien. Julian a dû commettre une erreur. »
Une erreur ?
Un homme de la trempe de Julian Sterling ne commettait jamais d’erreur.
Pendant tout le trajet du retour, Clarisse ne m'adressa pas la parole.
Assise sur le siège passager, elle fixait la vitre, serrant la lanière de son sac de luxe si fort que ses phalanges en étaient blanches.
À l'arrière, mon écran de téléphone s'éclaira.
Un message de Julian : *« Avez-vous pris votre décision ? Acceptez-vous ma demande ? »*
Mes doigts glissèrent sur l'écran : *« C’est tout vu. Oui. »*
*« À demain. »*
Deux petits mots, mais chargés d’une intensité sauvage. Cet homme savait exactement qui j'étais depuis le début. Il m'avait envoyé ce message trois jours plus tôt, à l'époque où tout le monde spéculait encore sur l'identité de sa promise. Son choix était déjà fait.
La voiture s'immobilisa devant notre manoir.
Dès que je posai le pied à terre, Clarisse se retourna. Son doux visage se tordit d’une haine pure pendant une fraction de seconde, avant de se recomposer en un sourire mielleux : « Roxane, je suis tellement heureuse pour toi. »
Quelle actrice hors pair.
Heureuse ? Les veines de sa main droite menaçaient d’exploser sur son sac à main.
Je ne pris même pas la peine de relever. « Merci, Clarisse. »
Elle s'approcha pour me tapoter la tête avec une condescendance sucrée : « Nous sommes sœurs, Roxane. Pas besoin de me remercier. Oh, au fait… Julian vient demain. Si tu as besoin d’aide pour te préparer, je m'en occupe. »
En croisant son regard faussement bienveillant, je ricanai intérieurement.
Clarisse, plus tu te montres douce, plus le coup de poignard que tu prépares est féroce.

Chapter 3.

Sans surprise, dès potron-minet, une armée de stylistes envahit ma chambre.
Clarisse débarqua en trombe avec une équipe de maquilleurs, débordante d'un enthousiasme feint, comme si c’était elle la mariée du jour : « Roxane, c'est ton grand jour ! Je suis venue t’aider à te préparer. »
Je la toisai d’un œil méfiant : « Pas la peine. Je me débrouille très bien toute seule. »
« Allons donc, c'est moi qui sais ce qui met ton visage en valeur », répliqua-t-elle en me poussant sans ménagement sur le fauteuil de la coiffeuse. Elle se tourna vers la maquilleuse : « Rendez-la aussi sobre que possible. Quasiment rien sur les yeux. Quant à la tenue… » Elle fouilla mon dressing et en sortit une robe blanche austère, fermée jusqu'au menton : « Qu'elle mette ça. »
Une robe blanche informe, à manches longues et col montant, qui tombait jusqu'aux chevilles.
J'avais l'air d'une novice prête à entrer au couvent.
Je m'observai dans le miroir. Mon regard naturellement langoureux avait été maquillé pour me donner l'air d'une biche effarouchée. Mon teint diaphane avait été étouffé sous un fond de teint terne et épais, et mes lèvres écarlates masquées par un rouge beige desséchant. On aurait dit une rose fanée dont on avait arraché les pétales.
Clarisse hocha la tête, visiblement ravie : « Tu vois ? C'est bien mieux ainsi. Tu as enfin l'air d'une fille convenable. »
J'avais compris son plan.
Terrifiée à l'idée que je lui vole la vedette, elle avait tout fait pour m'enlaidir.
Mais elle oubliait une chose essentielle : Julian m'avait réclamée publiquement la veille. Peu importait ce que je portais aujourd’hui, c'est pour moi qu'il venait.
Clarisse semblait avoir totalement occulté ce détail. Elle monta précipitamment à l'étage pour enfiler son arme fatale : une robe sirène champagne griffée, au décolleté plongeant vertigineux, les cheveux relevés en un chignon sophistiqué pour dévoiler ses clavicules délicates.
Elle tourbillonna devant sa glace, un sourire triomphant aux lèvres.
Sa mère, Victoria, entra dans la pièce et baissa la voix : « Des nouvelles du clan Sterling ? »
Clarisse secoua la tête : « Non. Mais j'ai creusé la question. Quand Julian a fait son annonce hier soir, il a dit "la seconde fille de la famille Vance". Réfléchis bien, maman. Qui est cette fille ? »
Victoria fronça les sourcils : « Cette bonne à rien de Roxane ? »
« Exactement », ricana Clarisse. « Mais penses-tu vraiment que Julian Sterling épouserait une traînée pareille ? Une fille avec une tête de briseuse de ménage ? Le patriarche des Sterling ne l'accepterait jamais. Je suis prête à parier que Julian a juste balancé son nom pour faire enrager sa famille qui le harcèle pour qu'il se marie. »
Victoria parut rassurée : « Donc cette visite d'aujourd'hui, c'est… »
« Du bluff pur et simple », affirma Clarisse en retouchant son rouge à lèvres. « Quand Julian arrivera ici, il réalisera que la seule femme digne de lui dans cette maison, c'est moi. »
Elle vérifia l'heure à sa montre : « Maman, quand Julian me verra resplendissante à côté de cette souillon délavée, qui crois-tu qu'il choisira ? »
Victoria sourit d’un air arrogant : « Est-ce seulement une question ? À moins d’être aveugle, il te choisira, toi. »
En bas, on m'avait reléguée dans le recoin le plus sombre du salon. Personne n'avait même daigné me servir un verre d'eau.
Clarisse trônait majestueusement sur le canapé principal, le dos droit, affichant un sourire impérial de reine attendant son sacre.
Victoria arpentait la pièce : « Les fleurs sont bien disposées ? Le tapis rouge est prêt ? »
Les domestiques s'activaient, déroulant un immense tapis rouge du hall d'entrée jusqu'au cœur du salon, bordé de centaines de roses écarlates.
Victoria contemplait l'ouvrage avec fierté : « Les Sterling incarnent la richesse absolue. Il nous faut une entrée grandiose. Clarisse, quand Julian franchira cette porte, ne parle pas trop vite. Laisse-le mener la danse. C'est compris ? »
Clarisse acquiesça : « Je sais, maman. Élégante et mesurée. »
« Parfait. C'est ainsi que se comporte une vraie future milliardaire. » Victoria lança un regard venimeux vers mon coin d'ombre : « Pas comme certaines qui semblent nées pour tapiner. »
Je gardai la tête baissée, les yeux rivés sur mon écran, les ignorant superbement.
Un texto de Julian était tombé dix minutes plus tôt : *« J'arrive à dix heures. »*
Il était 9 h 55.
Soudain, le vrombissement sourd de plusieurs moteurs puissants déchira le silence de la rue.
Le bruit se rapprochait, écrasant, régulier.
Victoria frappa dans ses mains d'excitation : « Il est là ! Il est là ! Clarisse, lève-toi ! »
Clarisse se redressa d'un bond, lissa sa traîne, prit une profonde inspiration et figea sur son visage son sourire d'ange le plus éblouissant.
Les lourdes portes à double battant s'ouvrirent à la volée.
Tout le monde se figea.
Julian n'était pas là. À la place, huit gardes du corps d'une carrure de colosse, vêtus de costumes sombres impeccables, entrèrent au pas cadencé et formèrent deux haies d'honneur.
Derrière eux s'avança le majordome principal des Sterling, tenant entre ses mains un grand registre relié de velours pourpre.
« Famille Vance, prêtez attention. Voici l'inventaire des présents de fiançailles offerts par Monsieur Julian Sterling… »

Chapter 4.

Il ouvrit le registre et commença la lecture d'une voix solennelle.
Trois penthouses de maître à Manhattan, d'une valeur estimée à trois cents millions de dollars.
Une île privée dans l'archipel des Maldives, estimée à deux cents millions.
Dix supercars en édition ultra-limitée, d'une valeur de cinquante millions.
Cinq pour cent des parts mondiales du groupe Sterling, valorisées à un milliard.
Auxquels s'ajoutaient des parures de diamants d'exception, des bijoux historiques et des toiles de maîtres pour plusieurs centaines de millions supplémentaires.
Dans le salon, on aurait pu entendre une mouche voler.
La mâchoire de Victoria se décrocha littéralement, ses prunelles débordant d'une cupidité maladive.
Des larmes d'émotion montèrent aux yeux de Clarisse. Elle plaqua sa main tremblante contre sa bouche, la voix étranglée : « Il… il a vraiment fait tout ça pour moi… »
Elle était sincèrement persuadée que ce trésor lui était destiné.
Le majordome referma le livre et leva les yeux : « Mademoiselle Roxane Vance est-elle présente ? »
Par réflexe, Clarisse fit un pas en avant, un sourire éclatant aux lèvres : « Je suis Clarisse Vance. »
L'homme d'âge mûr ne cilla même pas : « J'ai demandé Mademoiselle Roxane Vance. »
Le sourire de Clarisse mourut net sur son visage.
Je me levai lentement de mon recoin obscur : « Je suis là. »
Le majordome tourna la tête vers moi, et son regard se chargea aussitôt d'une déférence absolue : « Mademoiselle Roxane. Monsieur Sterling sera là dans dix minutes. Veuillez vous tenir prête. »
Le visage de Clarisse se vida instantanément de tout son sang.
Victoria se précipita, agrippant fébrilement la manche du majordome : « Attendez ! Vous faites erreur ! Celle que Julian veut épouser, c'est ma fille Clarisse ! »
Le majordome fronça les sourcils et dégagea son bras d'un geste sec : « Madame, Monsieur Sterling a été d'une clarté absolue hier soir : il prend pour épouse la seconde fille de cette maison. Auriez-vous une autre seconde fille cachée quelque part ? »
Victoria resta muette, suffocant sur place.
Clarisse restait pétrifiée au milieu de son propre tapis rouge, sa robe hors de prix semblant soudain d'un ridicule achevé. Quelques minutes plus tôt, elle paradait devant sa glace, persuadée d'être l'élue. Tout cet apparat n'était absolument pas pour elle.
Elle mordit sa lèvre inférieure jusqu'au sang, ses larmes débordant pour de bon.
Face à son masque en lambeaux, je n'éprouvai pas la moindre once de pitié.
Clarisse, c'est le piège que tu as toi-même creusé.
Les dix minutes s'écoulèrent en un éclair.
Un nouveau rugissement métallique résonna dans l'allée. Cette fois, c'était une Maybach noire aux vitres teintées, arborant une plaque d'immatriculation personnalisée que tout New York savait être celle de Julian Sterling.
La berline stoppa net, la portière arrière s'ouvrit.
Julian émergea. Costume trois pièces sur mesure, boutons de manchette en diamants brillant sous le soleil matinal. Deux secrétaires le suivaient de près, des mallettes en cuir sous le bras.
Clarisse se rua vers l'entrée, esquissant un sourire désespéré : « Julian, sois le bienvenu chez nous… »
Julian ne lui accorda même pas un battement de paupière. Il lui passa devant comme si elle était invisible et entra dans la pièce, ses yeux d'aigle scannant l'espace : « Où est Roxane ? »
Je m'avançai : « Je suis là. »
Dès que Julian posa les yeux sur moi, ses sourcils se froncèrent violemment.
Il fixa mon visage pendant trois longues secondes avant de pivoter vers Clarisse. Sa voix claqua comme un coup de fouet : « Qui l'a maquillée comme ça ? »
Clarisse bafouilla : « Je… j'ai simplement demandé aux stylistes de… »
« Nettoyez-moi tout ça », la coupa Julian sur un ton glacial qui n'admettait aucune réplique.
Son assistant fit un pas en avant et me tendit un paquet de lingettes démaquillantes haut de gamme.
Je clignai des yeux, surprise, pris la lingette et effaçai méthodiquement la couche de plâtre grisâtre qui étouffait mon teint. Ma peau laiteuse refit surface, et sans ce maquillage grossier, mes yeux en amande retrouvèrent leur éclat brûlant et magnétique.
Julian me contempla, et un mince sourire satisfait ourla ses lèvres : « Bien mieux. »
D'un geste, il ordonna à son secrétaire de lui tendre un dossier : « As-tu pris connaissance de la liste des donations ? »
J'acquiesçai : « Oui. »
« Cela te convient-il ? »
Avant que je ne puisse formuler le moindre mot, Victoria s'interposa avec hystérie : « Julian ! Vous ne pouvez pas faire ça ! Roxane… ce n'est pas une fille respectable ! Sa mère était— »
« Silence », lâcha Julian.
Un seul mot, mais tranchant comme une lame sous la gorge. Victoria s'étouffa et se tut, pétrifiée d'effroi.
Julian se tourna de nouveau vers moi, son regard s'adoucissant imperceptiblement : « Roxane, je t'ai promis hier soir que je viendrais avec ma dot. »
Il marqua une pause, plongea la main dans la poche intérieure de sa veste et en sortit un écrin de velours noir. Puis, sans crier gare, il posa un genou à terre.
Toute la maisonnée retint son souffle dans une stupeur totale.
À l'écart, Clarisse se mordait les lèvres si fort qu'un filet de sang perla sur son menton.
D'un coup de pouce, Julian fit sauter le fermoir, révélant un diamant rose taille coussin aussi gros qu'un œuf de caille : « Épouse-moi. »